Les chefs d'Etat africains font bloc autour d'Omar El Béchir

Publié: 27/07/2010 par Afrostube

La solidarité des membres du cartel des chefs d'Etat africains n'est pas un vain mot. Ces derniers viennent d'en faire la démonstration en réitérant leur indéfectible soutien à Omar El Béchir, le président du Soudan, poursuivi pour crime de guerre, crime contre l'humanité et de génocide contre les populations noires du Darfour. Aussi scandaleux que cela puisse paraître l'Union africaine vient d'élaborer un projet de résolution enjoignant ses membres de ne pas exécuter le mandat d'arrêt international lancé par le procureur de la CPI (Cour pénale internationale), Luis Moreno-Ocampo contre Omar El Béchir.

les Etats membres ne devront pas coopérer avec la Cpi dans l'arrestation ou le transfert du président Bachir vers la CPI », écrit l'Ua, du moins si l'on en croit la copie de ce projet résolution cité par l'agence Reuters.

Réunis à Kampala, en Ouganda, les chefs d'Etat débattront de cette question lors du sommet qui se tient dans ce pays. L'issue de la discussion est déjà connue puisque les chefs d'Etat ont encore exprimé leur solidarité envers le criminel qui, fort du soutien de ses pairs a pu se rendre tranquillement en voyage à Ndjamena et a pu en repartir sans encombres, malgré les protestations de l'Union européenne (par la voix de la chef de sa diplomatie, Catherine Ashton), de la FIDH ou de l'ONG Human Rights Watch.

« Mettre un chef d'Etat en exercice sous le coup d'un mandat d'arrêt porte atteinte à la solidarité africaine, ainsi qu'à la paix et à la sécurité en Afrique pour lesquelles nous nous sommes battus pendant des années », a plaidé Bingu wa Mutharika président en exercice de l'Ua lequel, comme ses pairs, on le voit, semble attacher l’impunité à la seule qualité de « chef d'Etat en exercice »…

De fait, les chefs d'Etat africains reprochent à la CPI de faire deux poids et deux mesures : cette juridiction fermerait les yeux sur des crimes commis par des dirigeants d'autres continents tout en étant intraitable avec les dirigeants africains. Par ailleurs les chefs d'Etat africains préfèreraient que les questions africaines soient traitées avant tout par des Africains et sur le continent, souveraineté des différents pays oblige !

On balayera ces arguments d’un revers de la main : beaucoup de pays africains ont en effet signé le traité qui institue la CPI et sont donc membres de cette juridiction. Par ailleurs le cas Hissein Habré, ancien président du Tchad qui, depuis des décennies, échappe à la justice au Sénégal, son pays d’exil, montre la volonté, de la part des responsables africains, d’instituer l’impunité en règle sur le continent.

En réalité le syndicat des chefs d'Etat africains en s'opposant à toute notion de justice se protège lui-même. Potentats ayant le plus souvent conquis le pouvoir à la suite de coups d'Etat sanglants (l'exemple le plus représentatif est Sassou Nguesso du Congo, au demeurant fidèle soutien d'Omar El Béchir, personne ne s'en étonnera) nos dirigeants considèrent que livrer un de leurs pairs à la justice ouvrirait la boîte de Pandore qui risquerait, un jour, de les engloutir eux-mêmes. Nos chefs d'Etat ont sans doute des défauts mais sur ce sujet ils ne sont pas fous. De ce point de vue les peuples africains, la société civile africaine justement victimes de ces crimes, eux dont l'avis ne compte pas et n'est d'ailleurs sollicité par personne, n'ont que leurs yeux pour pleurer.

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